Choisir la substance active et gérer les modes d'action
Quatre familles composent les programmes fongicides des céréales. Chacune a un rôle et une limite.
· Triazoles (IDM). Socle des programmes depuis les années 1980, avec le prothioconazole en tête sur septoriose, rouilles et fusariose. Les résistances de cette maladie progressent légèrement ; la note commune 2026 recommande de n'utiliser chaque triazole qu'une fois par campagne.
· SDHI (carboxamides). Efficaces sur septoriose et sur le complexe orge. Les souches de septoriose résistantes aux SDHI atteignent 36 % et se stabilisent ; les souches à résistance multiple (MDR) représentent près d'une souche sur quatre. Une seule application par campagne, quelle que soit l'espèce, associée à des partenaires efficaces. Sur rouilles, préférer les associations triazole + strobilurine.
· Strobilurines (QoI). Complément sur rouilles et sur orge, où elles font partie des trois modes d'action à préserver face à l'helminthosporiose.
· Multisites et biocontrôle. Le folpel sur ramulariose, le soufre et les phosphonates de potassium sur septoriose : ces produits, peu exposés aux résistances, renforcent le programme quand ils améliorent l'efficacité.
· Le cas de l'oïdium. Secondaire sur les variétés tolérantes, plus marqué sur les génotypes sensibles dès le stade épi 1 cm, l'oïdium échappe en partie aux triazoles et aux SDHI utilisés en routine. Ces fongicides restent le socle du programme, mais un produit dédié peut s'ajouter sur les situations les plus exposées.
Face aux souches de septoriose résistantes, la fenpicoxamide apporte un mode d'action distinct des triazoles et des SDHI. Les packs à base de Jessico One, sans triazole, associent cette substance à deux SDHI : ces solutions confirment leur efficacité dans des résultats d'essais Arvalis et Bayer menés en 2023 et 2024. La règle d'une application par campagne s'applique aussi à la fenpicoxamide.
Dose et positionnement : ce que les essais disent
Trois règles reviennent dans les résultats d'essais des instituts et de Bayer.
· Le stade avant la date. Sur blé, le T2 se cale sur la dernière feuille étalée ; sur orge, sur la sortie des barbes. L'avance ou le retard de la culture selon l'année déplace ces stades de plusieurs jours, d'où l'observation des parcelles et le suivi des stades par les modèles.
· La dose pleine au passage pivot. Arvalis positionne la dose de T2 à un niveau efficace, sans réduction. Dans les synthèses d'essais Bayer, Kardix se place en T2 entre 0,8 et 1 l/ha, avec un ajout de strobilurine pour couvrir pleinement le risque rouilles.
· Le préventif plutôt que le curatif. Les suivis de résistance 2024 montrent qu'un positionnement curatif dégrade l'efficacité de tous les produits testés, à niveau de résistance égal. Sur orge, la date de la première intervention est souvent déterminante pour ne pas courir après l'helminthosporiose.
Déclencher les passages sur le risque observé
Les années à faible pression, comme 2025, le T1 et le T3 du blé ont rarement été valorisés.
Les Bulletins de santé du végétal et les modèles Prévi-LIS d'Arvalis couvrent les principales pathologies : septoriose, rouilles, piétin-verse et fusariose sur blé tendre ; rhynchosporiose et helminthosporiose sur orge d'hiver. Le modèle alerte sur le risque et renvoie à la visite de la parcelle pour décider.
L'offre Prediview intègre ce pilotage dans un programme contractualisé à l'hectare sur blé : les traitements ne sont déclenchés qu'en cas de risque avéré, avec trois formules selon l'exploitation, Prediview One pour la protection de base en T2, Prediview Flexx+ pour la protection foliaire avec la flexibilité du T1 ou du T3, et Prediview Triple pour la protection complète T1, T2 et T3. Le coût, défini en début de campagne, se situait entre 45 et 70 €/ha selon la formule en 2025.