La répartition de l'effort entre ces créneaux a changé. Les Chambres d'agriculture le constatent sur le terrain : les solutions foliaires de printemps ont beaucoup perdu en efficacité sur les graminées, ray-grass et vulpin en tête, du fait des résistances installées.
Le désherbage d'automne avec des produits qui agissent par le sol, dont les modes d'action ne sont pas concernés par ces résistances, est devenu la réponse de fond. Bayer formule la même conclusion à partir de son suivi de parcelles : sur situations sensibles ou en dérive d'efficacité, le programme automne puis printemps est le plus efficace et le plus rentable.
L'automne, socle du programme
Le créneau d'automne cumule les avantages. Les adventices y sont jeunes, au stade où elles sont les plus sensibles ; la culture, semée depuis peu, tolère bien les applications ; et les modes d'action racinaires contournent les résistances qui touchent les foliaires.
Une implantation soignée conditionne le résultat : un lit de semences fin, sans mottes ni résidus en surface qui feraient écran entre le produit de désherbage et sa cible, et une graine placée à plus de 2 cm de profondeur pour préserver la sélectivité.
Sur ce créneau, Mateno Duo constitue la base d'automne de la gamme Bayer. Sa combinaison réunit l'aclonifène, présenté par Bayer comme le seul mode d'action de ce type disponible en céréales (HRAC 32), et le diflufenicanil (HRAC 12) : deux familles chimiques que les résistances des graminées aux foliaires ne concernent pas, ce qui en fait un outil de gestion des parcelles à historique ray-grass ou vulpin.
La dose est de 1,2 l/ha enpost-semis prélevée, et les essais pluriannuels d'Arvalis le classent parmi les références du désherbage d'automne des blés tendres, selon la communication de la marque.
Une base réussie à cette période change l'économie de toute la campagne : les levées de la période hivernale se comptent en relevées éparses plutôt qu'en salissement installé.
Sortie d'hiver et printemps : les foliaires en complément
Aucune base d'automne ne dispense de surveiller. Des levées de vulpin et de ray-grass apparaissent chaque année dans des blés pourtant désherbés en période automnale : le tour de plaine de sortie d'hiver fait le bilan et décide de la suite.
Si une intervention se justifie, les herbicides foliaires prennent le relais, du stade 3 feuilles au stade 2 nœuds de la céréale. Chez Bayer, ce créneau est couvert par la gamme Mesomaxx, dont Atlantis Pro sur graminées. Ces solutions de désherbage ALS conservent une performance réelle : le monitoring Bayer conduit sur 104 parcelles échantillonnées aléatoirement n'a pas relevé de résistance généralisée dans 75 % d'entre elles. Le passage de printemps joue d'ailleurs un second rôle, celui d'alterner les familles chimiques au sein du programme plutôt que de tout miser sur l'automne.
Passé 2 nœuds, la fenêtre se referme : la gamme utilisable se restreint à quelques cibles, et sur graminées développées, l'intervention a peu de chances d'aboutir. Le raisonnement du rattrapage, ses critères et ses limites font l'objet d'un traitement dédié dans la gestion du rattrapage en désherbage.
Les conditions d'application par type d'herbicide
Chaque famille a ses exigences, et l'écart entre une application réussie et un décrochage se joue souvent là :
· Racinaires d'automne : un sol fin et rappuyé, de l'humidité dans le sol après l'application pour transporter la substance active vers les racines, et un positionnement précoce, avant ou juste après la levée des adventices, pour préserver la sélectivité vis-à-vis de la céréale.
· Foliaires de sortie d'hiver : des conditions dites poussantes, qui permettent aux matières actives de circuler dans la plante. Bayer les chiffre précisément : des températures douces, entre 4 et 20 °C, et une humidité relative de l'air supérieure à 60 %, maintenues pendant les 8 à 10 jours qui encadrent le traitement.
· Dans les deux cas : des plantes indésirables jeunes. Une graminée qui talle ou une dicotylédone développée demande davantage de produit pour un résultat moindre.
Le programme se protège aussi dans la durée
La performance d'un programme herbicide s'entretient d'une campagne à l'autre, par trois leviers complémentaires :
· l'alternance des familles chimiques, appuyée sur la classification HRAC, qui freine la sélection de résistances ;
· les leviers agronomiques — rotation, faux-semis, décalage de la date de semis — qui réduisent la pression avant tout traitement ;
· le diagnostic de résistance, sur les parcelles aux échecs répétés, qui oriente le choix des modes d'action encore pleinement actifs.
Construit créneau par créneau, adapté à la flore et appliqué dans les bonnes conditions, le programme herbicide sécurise la céréale du semis à la moisson, et l'essentiel s'y joue dès l'automne.