Les leviers agronomiques qui allègent la pression de désherbage
Moins la parcelle porte d'adventices, ces herbes indésirables qui concurrencent la culture, moins le programme herbicide a besoin d'être lourd. Plusieurs pratiques culturales agissent directement sur le stock semencier et les levées.
· La rotation. L'introduction d'une culture de printemps, maïs, betterave ou tournesol, casse le cycle des graminées inféodées aux cultures d'hiver, vulpin et ray-grass en tête.
· Le décalage de la date de semis. Sur blé, repousser le semis de 15 jours divise par deux les levées de vulpin et de ray-grass dans la culture, selon Arvalis.
· Le faux-semis. Un travail superficiel du sol en interculture fait lever les adventices, détruites avant l'implantation de la culture.
· Les couverts et cultures intermédiaires. Ils concurrencent les levées d'adventices et enrichissent le sol en matière organique, ce qui améliore sa structure et l'infiltration de l'eau.
Le désherbage mécanique complète cette panoplie. Dans les essais Arvalis sur céréales à paille, un passage de herse étrille ou de houe rotative atteint 36 % d'efficacité moyenne, et un binage 46 %, avec de fortes variations selon les conditions de sol.
Ces outils exigent des adventices jeunes, du stade filament blanc à 2 feuilles pour la herse, et 1 à 4 jours sans pluie après le passage. Ils s'intègrent en complément du programme herbicide : dans les essais pluriannuels de binage sur blé, la modalité tout mécanique a pénalisé le rendement, la concurrence précoce du ray-grass n'ayant été levée que tardivement.
Limiter les transferts à la parcelle et sur l'exploitation
Le deuxième plan d'action retient l'eau et les molécules avant qu'elles n'atteignent le réseau hydrographique.
Le premier levier est le sol lui-même. Un sol bien structuré, couvert, riche en matière organique, infiltre l'eau au lieu de la laisser ruisseler. La lutte contre la battance et le tassement, par le choix des interventions et la couverture des sols, réduit le ruissellement érosif à la source.
En aval de la parcelle, la bande enherbée constitue le dispositif de référence. Elle capte les eaux de ruissellement et les embruns de dérive, ralentit l'écoulement et laisse l'activité biologique du couvert dégrader les substances retenues. Quatre années d'essais Arvalis conduits dans l'Ouest mesurent son efficacité :
· 62 à 88 % des volumes de ruissellement captés ;
· 84 à 99 % des matières en suspension retenues ;
· 71 à 91 % de réduction des concentrations de produits phytosanitaires dans les eaux de ruissellement.
Arvalis recommande un diagnostic de terrain préalable pour positionner le dispositif là où l'eau circule réellement, l'hiver étant la période idéale pour repérer ces chemins de l'eau.
En sols drainés, des zones tampons humides implantées en sortie d'exutoire jouent un rôle de filtre, avec un effet tampon qui ralentit l'arrivée des eaux de drainage au cours d'eau : la sédimentation et la dégradation des molécules s'en trouvent facilitées.
L'application herbicide : le bon produit, au bon moment, à la bonne dose
Une application réussie du premier coup protège la ressource : elle évite les rattrapages, qui ajoutent des passages et des substances actives sur la parcelle.
Pour les herbicides racinaires d'automne, l'eau du sol conditionne l'efficacité. Elle véhicule la substance active jusqu'au système racinaire des adventices : sur un sol sec ou motteux, la molécule ne migre pas et le traitement décroche.
Quatre conditions donnent au produit ses meilleures chances d'expression :
· un sol fin et rappuyé au semis, sans mottes ni résidus grossiers en surface ;
· un sol frais au moment de l'application, l'eau du sol transportant la substance active vers les racines ;
· un positionnement en prélevée ou post-levée très précoce, sur de jeunes plantes adventices ;
· une pulvérisation maîtrisée : buses adaptées, conditions de vent et d'hygrométrie favorables.
En prélevée, Mateno Duo s'applique à la dose de 1,2 l/ha, seul ou en association, avec deux modes d'action complémentaires (HRAC 32 et 12) qui participent à la gestion des résistances. Une seule application bien positionnée à l'automne installe la propreté de la parcelle pour la campagne.
La gestion du remplissage et du lavage du pulvérisateur complète ces bonnes pratiques, les pollutions ponctuelles sur l'exploitation restant une source identifiée de contamination.
Diagnostiquer avant de traiter pour éviter les passages inutiles
Un désherbage qui échoue se paie deux fois : en rendement et en applications supplémentaires. Sur les parcelles où des échecs répétés font suspecter une résistance des graminées, le service HerbiDiag+ établit un état des lieux de la parcelle.
Des plantules de vulpin ou de ray-grass prélevées au champ sont analysées en laboratoire, qui recherche les mutations de résistance aux herbicides ALS et ACCase. Le rapport, transmis sous 4 à 5 semaines, oriente le choix des modes d'action et des leviers agronomiques à mobiliser dans la rotation.
L'interprétation des résultats se construit avec le conseiller de la distribution, formé à la lecture du rapport et au choix des leviers à mobiliser. Traiter avec le bon mode d'action dès le premier passage, c'est autant de substances actives en moins appliquées sur la campagne, au bénéfice direct de la ressource en eau.